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HISTOIRE
DU MOUVEMENT DES FOYERS RURAUX
En
soixante ans le tissu rural a profondément changé.
Les foyers ruraux observateurs et acteurs de ces réalités
ont forgé leur histoire dans ces mutations. Ce bref récit
retrace l'histoire des Foyers ruraux jusqu'à nos jours...
Les
origines (1936-1946)
Les
jeunes années, laïcité et parité culturelle
(1946-1960)
La
modernisation, la saga de lanimation socio-culturelle (1960-1970)
Structuration
et rénovation (1970-1980)
Le
choix du développement local (1980-1990)
Du
local à lEurope, comment inventer lavenir ? (1990-...)
Les
origines (1936-1946)
Issus
du Front populaire, des foyers paysans se mettent en place dans
la France rurale, oeuvrant pour les mêmes objectifs mais sans
lidéologie des Jeunesses agricoles chrétiennes
(JAC) dalors : former lélite du monde rural de
demain en assurant aux jeunes paysans une formation technique, humaine
et sociale. Ils sont au nombre de 130 à la veille de la seconde
guerre mondiale...
Le
" foyer paysan de culture et démancipation
intellectuelle " de St Jean-au-Doigt est créé
par un jeune paysan du Finistère, membre de la SFIO et de
la Confédération nationale des paysans (CNP, émanation
syndicale de la SFIO), François Tanguy-Prigent. Elu
député en 1936 (il na alors que 26 ans), il
devient en 1944 le ministre de lagriculture et du ravitaillement
du général de Gaulle.
Au
lendemain de la guerre, le gouvernement de la République
sattache à la reconstitution du pays : outre les missions
primordiales de modernisation de lagriculture, François
Tanguy-Prigent oeuvre pour laccompagnement culturel de la
reconstruction et pour lémancipation de la tutelle
religieuse des campagnes, en aidant au développement des
syndicats, des coopératives et des foyers ruraux.
Le
13 septembre 1945, les ministères de lagriculture et
de léducation nationale officialisent lexistence
des foyers ruraux, et la commission interministérielle dagrément
leur octroie une subvention de 30 000 000 F (soit 0,5% du budget
du ministère de lagriculture).
Le
17 mai 1946, au château de Sceaux, une assemblée générale
vote les statuts et élit le conseil dadministration
de la Fédération nationale des foyers ruraux (FNFR).
La FNFR entre alors à la Confédération générale
des oeuvres laïques, en gardant son autonomie juridique,
et bénéficie de postes dinstituteurs détachés
et des services des Fédérations des uvres laïques...
Les
jeunes années, laïcité et parité culturelle
(1946-1960)
Parrainée
par les ministères, la FNFR bénéficie jusquen
1948 dun " régime de faveur " que lui envient
nombre dassociations. Mais avec le départ de François
Tanguy-Prigent et le recentrage des gouvernements sous la IVe République,
la jeune fédération devra se battre pour maintenir
et développer le mouvement des foyers ruraux.
Elle fait lobjet de nombreuses critiques qui émanent
tant du monde agricole que de la sphère laïque. En fait,
on lui reproche de maintenir son principe de neutralité politique,
à une époque où lunanimisme de laprès-guerre
est largement révolu, tandis que la guerre froide ravive
les oppositions endémiques.
En
cherchant à développer ses propres structures départementales,
la FNFR entre en conflit avec la Ligue de lenseignement et
ses fédérations départementales des oeuvres
laïques.
Dautres conflits éclatent, avec la fédération
française des MJC, avec lUnion nationale des foyers
ruraux de la famille et des jeunes : à lévidence,
les clivages politiques sont pour le moins présents au sein
de la grande famille de léducation populaire, bien
quau niveau local les positions paraisssent moins tranchées.
Pour
éviter tout amalgame, les nouveaux statuts de 1952
stipulent quà lexception des coopératives,
tous les adhérents des foyers sont des personnes physiques
(un foyer rural ne peut pas être un organisme fédérant
des associations locales).
Marginalisés
sur des actions de formation agricole, les foyers ruraux se recentrent
sur une stratégie culturelle autour des " 3D "
: Délassement, Divertissement, Développement. De 200
en 1948, on passe alors à un millier de foyers ruraux
à la fin des années 50...
La
modernisation, la saga de lanimation socio-culturelle (1960-1970)
Les
sixties ou lentrée en modernité : en ces années
de pleine croissance, la génération du baby-boom donne
un coup de jeune à la France tandis que société
de consommation et culture de masse transforment profondément
les mentalités.
Nommé
ministre de lagriculture en 1961, Edgar Pisani souhaite
accorder une place privilégiée au " capital humain
", et développe le système de formation initiale
en construisant lycées et collèges agricoles. Les
foyers ruraux, associés à cette politique, se rapprochent
des CIVAM (Centres dinitiatives pour valoriser lagriculture
et le milieu rural) et des Foyers de progrès agricole (par
la suite CFPPA) afin de coordonner les actions de promotion sociale
collective et de formation permanente. Concernant lanimation
culturelle, la loi-programme déquipements socio-éducatifs
permet la construction de nouveaux foyers.
En
1964, la direction générale de lenseignement
et de la recherche du ministère de lagriculture met
à disposition de la FNFR un certain nombre danimateurs
socio-culturels, et la création des FONJEP
permet de recruter les premiers permanents des associations.
En
1965, la Direction de laménagement aide à linstallation
du siège social dans de nouveaux locaux (rue de javel) et
à la réalisation du centre culturel et daccueil
à Mittelwihr (Haut-Rhin). Ce centre, ouvert en 1966,
offre une importante capacité daccueil pour la formation
des animateurs, les séjours dété de groupes
de jeunes et dadultes et les rencontres internationales entre
jeunes ruraux. Un deuxième centre est programmé à
Alenya (Pyrénées Orientales).
Conférences,
publications, enquêtes, formations,...les nombreuses productions
de la FNFR illustrent la croissance du mouvement et lévolution
des activités de loisirs et de vulgarisation vers lanimation
socio-culturelle. Mais à la fin des années 60, la
FNFR entre dans une période conflictuelle : démission
du secrétaire général, dissensions au sein
du bureau national sont les premiers signes dune crise qui
va durer 3 ans et se soldera par loccupation des locaux du
siège national et le renvoi des animateurs mis à disposition
par le ministère de lagriculture. Cette crise traverse
en fait de nombreux mouvements déducation populaire,
et traduit une remise en cause de lanimation socio-culturelle
aussi bien que les attentes dune génération
qui revendique la liberté dinventer. Affaibli, le mouvement
applique alors la politique des petits pas et cherche avant tout
à retrouver la confiance du ministère...
Structuration
et rénovation (1970-1980)
Mai 68 amorce le mouvement dun retour à
la terre, et le milieu rural voit larrivée de nouvelles
populations, le renouveau des rapports sociaux, laffirmation
de cultures minoritaires et plus généralement lépanouissement
du régionalisme et de lécologisme.
La FNFR se retrouve dans le débat entre les partisans dune
animation ouverte sur le social et léconomie, et ceux
attachés aux activités de loisirs centrés sur
le foyer, et par ailleurs dans laffrontement ruraux/néo-ruraux.
Il
reste que le milieu rural apparaît comme le grand délaissé
des politiques publiques, mais les nouvelles orientations visent
à la revalorisation de la culture rurale.
Dès
1974, la FNFR vit une période dintense développement
: elle connaît une augmentation considérable de ses
moyens financiers et humains, et participe activement à la
politique de développement culturel mise en place par les
pouvoirs publics.
Le
mouvement se rénove : structuration des Fédérations
départementales et des Unions régionales, réorganisation
administrative et comptable, rénovation du système
de formation (avec notamment le développement dUniversités
rurales) sont quelques-uns des grands chantiers mis en route.
La FNFR engage par ailleurs dimportantes réformes statutaires
afin de retranscrire dans les textes lévolution du
mouvement.
Cette
forte croissance, marquée par de nouveaux champs dactivités
et une professionnalisation du mouvement, oblige à repenser
le rôle, la place et le statut des individus et des instances
sur lesquels repose le mouvement.
Ce travail ne va pas sans conflits, par exemple sur la conception
de lanimation entre les "foyeristes " (animateurs
de foyers) et "ruralistes " (agents de développement)...
Le
choix du développement local (1980-1990)
Après
une période de forte croissance et de profonde transformation,
vient le temps dune nécessaire réflexion sur
le devenir de la fédération : ce sera lobjet
des congrès de Vittel (1981), Corte (1982) et Perpignan (1983)
à lissue desquels la fédération sengage
résolument en faveur du développement global du milieu
rural.
La
période est également marquée par lalternance
politique de 1981. Les 3 premières années du nouveau
pouvoir socialiste engagent des mesures en faveur du secteur associatif,
une politique culturelle de grande ampleur, la réforme du
développement agricole et surtout la régionalisation
qui va modifier durablement le paysage. La FNFR mène une
politique imaginative et méthodique avec notamment la direction
du développement culturel du ministère de la culture,
le bureau de lanimation rurale du ministère de lagriculture
et le secrétariat détat au tourisme.
En
1981, les aides au mouvement progressent denviron 1 million
de francs (pour atteindre un total de près de 5 millions
de francs), et 53 postes FONJEP
lui sont attribués.
La
FNFR continue par ailleurs la gestion des centres dAlenya
et de Mittelwihr, dénommés "centres familiaux
de vacances rurales ".
Alors quelle a rétabli une image de marque tout à
fait positive, la FNFR participe à la mise en place du CNVA
(Conseil national de la vie associative), et négocie
avec le ministère de la jeunesse et des sports lagrément
permettant de recevoir des fonds de formation et de prendre place
dans le club des formateurs BAFA/BAFD.
En
1983 est créée la FNSMR,
suite à lagrément de la FNFR comme fédération
sportive.
Mais
lapprofondissement de la crise économique et la mise
en place dune politique de rigueur à partir de 1983
modifient à nouveau les relations état-associations,
caractérisées par une hausse des aides sur projet
au détriment des subvention de fonctionnement.
La fragilité financière se double pour la FNFR de
déficits croissants liés à la gestion des centres
dAlenya et de Mittelwihr. Durant ces années, la FNFR
approfondit cependant son projet politique ; elle connaît
toujours une forte croissance (2 000 foyers ruraux, 200 animateurs
professionnels), développe de nouveaux champs de compétences
et travaille aux modifications et adaptations nécessaires
de ses structures. Elle décide daffirmer son identité
notamment par la création dun nouveau logo en 1985.
Lannée
1989 ouvre une nouvelle période pour la vie de la fédération
: première université rurale européenne, création
du service international à Mittelwhir, mise en place du système
confédéral (logique adaptation aux évolutions
induites par la décentralisation), nouveau délégué
général, vente du centre dAlenya et début
de règlement des contentieux financiers...
Du
local à lEurope, comment inventer lavenir ? (1990-...)
En 1990 la FNFR et dautres associations rurales
se regroupent dans le CELAVAR
(Comité détude et de liaison des associations
à vocation agricole et rurale) afin de créer une synergie
sur le développement du milieu rural. Elle signe par ailleurs
la charte établie par le Groupe
Monde Rural, lequel regroupe 13 organisations dhorizons
très divers et au sein duquel se construit une réflexion
permanante sur lespace rural, source de propositions.
En
1991, la publication bimestrielle de la FNFR, " Animer, mon
village, mon pays ", créée 10 ans auparavant,
est rajeunie. Nouvelle maquette, nouveau titre : "Animer,
le Magazine rural", qui traduit sa volonté douverture,
tant au niveau du contenu rédactionnel que du public visé.
Cette
décennie est avant tout celle du renforcement de la structuration
confédérale de la FNFR. Afin dêtre davantage
en adéquation avec les échelons territoriaux, le niveau
régional voit son rôle consolidé et lors du
conseil dadministration de Bourges en 1994, une politique
de subvention de postes danimateurs des Unions régionales
est décidée.
Dans
la continuité de son action internationale, la FNFR crée
en 1995 une cellule
Europe qui a pour vocation de sensibiliser le mouvement
et les habitants du milieu rural aux questions européennes
et de faciliter les rencontres et les échanges dexpériences.
En
1996, le mouvement fête son cinquantenaire et le congrès
de Rambouillet est loccasion dentendre les témoignages
de nombreux militants et bénévoles de la première
heure.
En
janvier 1997 à Boulouris, au cours des journées nationales
de formation des élus et professionnels, naît le projet
des états généraux du mouvement.
Suite à un constat dévolution importante, voire
de crise de la vie associative, il a semblé nécessaire
dinterroger les structures locales à travers lorganisation
dune vaste enquête-participation.
Lenjeu de ces états généraux a
été de permettre à chacun dinterroger,
expliquer, analyser ses pratiques et en conséquence redéfinir
les fonctions que lassociation peut exercer pour le développement
des communes rurales. En sappuyant sur les résultats
des Etats Généraux des Foyers ruraux, le mouvement
sest donné 6 orientations
principales qui à la fois réaffirment lengagement
citoyen des associations déducation populaire ancrées
dans les territoires et contribuent à une meilleure lisibilité
de leur identité et de leur spécificité.
Les
années 2000-2005 sont marquées d'une part par une
certaine professionnalisation des structures (avec le dispositif
"nouveaux services nouveaux emplois", de nombreuses embauches
de jeunes font bouger les villages...) et d'autre part par
l'émergence et le développement des NTIC, formidables
outils de mutualisation potentiels : la FNFR lance alors son projet
@UPRES
d'Université Rurale Permanente en ligne des Echanges et des
Savoirs.
Aujourd'hui,
à la veille du soixantième anniversaire de
la FNFR, la diminution
de plus de 50% des financements publics sans préavis
et sans justification et la suppression du financement de tous les
postes FONJEP
(Fonds jeunesse-éducation populaire) dans le réseau,
de nombreuses associations locales ou fédérations
adhérentes voient leur action entravée et leur situation
mise en danger.
Avec une nouvelle équipe d'élus nationaux depuis 2005,
la FNFR lance un chantier énorme de redéfinition du
projet, des missions, du budget à travers le projet de Refondation
du Mouvement...
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retour à la présentation générale
de la FNFR...
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